14 octobre 2010

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Adama est seul au centre de la petite salle. Des guirlandes ou sont accrochés des soleils de papier, symbole du plus grand ennemi des albinos pendent du plafond.
Il fredonne quelques mots d'une chanson en wolof lorsque soudain, tous ses camarades se lèvent et se jettent dan sune folle danse à ses cotées, rythmée par un tambour fait d'une boite de conserve et d'une minuscule peau de mouton.
Adama enlève sa casquette montrant ainsi les taches noires qui couvrent son crane et descendent le long de son cou. Un geste de politesse anodin, révélant le mal caché des albinos.
Une des institutrices déplore que certains des albinos du centre ne viennent que le matin, l'après midi étant occupé à aller mendier avec leurs parents."Ils passent alors totu l'après midi dans la rue,  au plus fort du soleil, sans protection véritablement efficace et sont  brulés petit à petit Adama n'avait pas toutes ces tâches sur le visage et sur le crâne l'année dernière, il s'expose beaucoup trop au soleil."
"Nous avons bien quelques médicaments, poursuit elle, mais en trop faible quantité. il leur faut un traitement quotidien et répété. Pour les yeux une simple paire de lunette suffit, même de mauvaise qualité. Pour les produits de protection de la peau , c'est plus difficile, lorsque nous voyons des touristes,nous leurs demandons de nous laisser leurs crèmes anti-uv quand il partirons, car on trouves difficilement ce type de produit au Sénégal, et de toute façon nos revenus ne nous permettrais pas d'en acheter. Il faut alors qu'ils portent des vêtements a manches longues te des casquettes. Pour les enfants habitués a jouer dehors, c'est une véritable contrainte! du coup certains enfant ne sortent qu'à la nuit tombée et passent leur journées entière dans l'obscurité".

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Khadim Diop réajuste sa casquette offerte par une société de travaux publics de la ville. Tous les enfants en ont reçue une récemment, stratégie publicitaire optimale.
la classe terminée, les enfants sortent du centre en colonne serrées avant de s'éparpiller dans la décharge voisine, en direction du car qui les ramènera chez eux.

bus

Le gardien nous fait un signe de la main avant de refermer la grille. Il habite dans le centre et passe ses nuits sans eau ni électricité, a fumer du tabac roulé dans des feuilles vendues à l'unité. Des habitations voisines ou il passe souvent l'après midi, il surveille le centre, attentif aux rôdeurs."J'en ai chassé un le mois dernier", annonce t' il fièrement, " il escaladait le mur d'enceinte! je suis arrivé a temps sinon il aurait pu tout voler! alors  j'ai mis des tessons de bouteilles sur le haut des murs, comme cela plus de risque! mais depuis, je préfère quand même garder ma réserve de tabac sur moi!"Beaucoup de risques pour un bien maigre butin: quelques ardoises, des craies, deux livres de lecture et des jouets en plastique, donation d'une ONG espagnole.

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Même si de l'extérieur il semble imprenable, le centre doit faire face a d'autres problèmes majoritairement économiques

"Nous n'avons pas d'aide régulière déplore El haj, que ce soit de l'état ou de la région. Comme nous ne faisons pas partie de l'éducation nationale, nous avons avons du opter pour un statut privé et les difficultés qui vont avec." Différence minime car au Sénégal, si l'état couver les salaires des professeurs de l'enseignement public, ceux ci doivent s'occuper eux même de trouver des fonds pour l'entretien et la création des nouvelles installations.

"Nous devons demander chaque mois 500 francs CFA a chaque élève pour le fonctionnement du centre: exclusivement l'entretien des installations et le salaire des professeurs. mais il arrive souvent que certains enfants se retrouvent dans l'impossibilité de payer, leur parents n'ayant pas suffisamment d'argent pour subvenir ne serait ce qu'aux dépense quotidienne de leur famille.dans ces cas là, il faut fermer les yeux et attendre des jours plus cléments. Mon frère va du conseil général aux ONG, en passant par la mairie, mais nous n'obtenons pas de financements, juste des aides d'appoint. Avec un financement, même minime, nous pourrions développer une activité commerciale qui permettrait au centre d'être indépendant financièrement. l'an dernier on nous a donné des métiers a tisser. pour quoi ne pas former nos élèves albinos a cette activité en plus de l'éducation scolaire? nous pourrions ainsi dégager des revenus qui permettraient au centre de tenir debout sans avoir constamment besoin de tendre la main! j'ai l'impression que le ONG locales et les autorités nous laissent volontairement dans cette situation afin de profiter de l'imminence d'élection pour faire parler d'eux. Le mois dernier, un élu de Dakar est venu en visite accompagné de la presse et de militants politique. il nous a fait des promesses, mais depuis, rien..."

famille

"Quand j'étais au cours primaire, je devais sans cesse faire des allers retours du tableau à ma place, car je ne voyais pas ce que le maitre y écrivais! c'était très pénible et l'instituteur n'appréciait pas du tout mes allers et venues! et mon père ne comprenais pas pourquoi je revenais avec autant de punition alors que je n'étais pas mauvais élève!" Khadim parle fièrement de ses résultats scolaires, toujours premier ou second de la classe tout en faisant sauter son fils à peau d'ébène sur ses genoux.

Quelques années de cours d'arabe, une année d'interruption pour soucis financier, puis le bac et l'apprentissage de l'anglais "la langue du commerce! " dit il en rêvant d'Amérique. Il est conscient que sans la compréhension et le métier de son père ( commissaire de police) il n'aurais pas pu aller aussi loin."C'est grâce a lui que nous avons pu bénéficier d'une éducation correcte, maintenant j'essaie d'en faire profiter les autres albinos, mais c'est difficile..."

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Difficile, le mot revient souvent dans la bouche de Khadim. Pourtant, la situation s’est améliorée pour les albinos au Sénégal. Autrefois, tués à la naissance, ou pour d’obscures pratiques ancestrales, ils sont désormais épargnés par ces maux d’un autre âge. Mais il n’est pas rare de voir un enfant noir cracher au sol en apercevant un albinos de peur que ce dernier ne crache le premier. ce qui aurait pour conséquence de le maudire ainsi que la famille. De même, les femmes enceintes ne croisent jamais le regard d’un albinos de peur d’en mettre un au monde.

« Un jour, explique Elhaj, un homme est venu au centre se croyant frappé d’une malédiction. Il s’était marié avec une femme de son village qui lui avait donné des jumeaux, tout deux albinos. Croyant que sa femme l’avait trompée avec un blanc, l’homme entra dans une colère terrible et était près à quitter village, femme et enfants quand un  de ses amis lui expliqua que ses enfants n’étaient pas des blancs mais des albinos ,innocentant ainsi son épouse qui lui avait toujours été fidèle . tout s'arrangea, mais l’année suivante, sa femme lui donna un troisième enfant lui aussi albinos. Cette fois-ci c’en était trop et il décida de chasser sa femme puisqu’elle n’était bonne qu’à lui donner des albinos. Il la répudia et se remaria dans l’année. Sa nouvelle femme lui donna vite un quatrième enfant, la peau aussi blanche que les trois autres. Persuadé qu’une malédiction s’abattait sur lui, il faillit sombrer dans la folie, lorsqu’il entendit parler du centre des albinos de Thiès.Il vint nous voir et on lui expliqua que seule l’union de deux personnes toutes deux porteuses du gêne de l’albinisme, pouvaient mettre au monde des albinos. Il était donc aussi responsable que sa femme de l’albinisme de ses enfants. Du coup il partage sa vie entre ses deux familles étant le père des quatre enfants qui viennent tous au centre! du coup cette histoire nous a donné l'idée d'organiser des journées d'information sur l'albinisme."


 

Posté par aducoudray à 14:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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