15 octobre 2010

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La maison des Blancs ? Des Noirs qui sont blancs ? Des enfants de Blancs qui sont noirs ?
Le chauffeur de taxi était perplexe. je lui avais demandé de me conduire au centre des albinos de Thiès, la 2ème ville du Sénégal, située à 70 km de Dakar. Après avoir disséqué le mot « albinos » de toutes les façons possibles sa réponse fut simple : albinos connais pas, centre des albinos encore moins.
Observant la discussion qui s’étendait des chauffeurs de taxi aux autres voyageurs, un vieil homme s’approcha et me glissa discrètement à l’oreille : je sais où c’est le centre des albinos. La sœur de mon père, elle en a un, un albinos dès fois elle  l'emmène au centre..."

Après un court trajet, le taxi s'arrête à l’entrée d’un terrain jonché d’ordures, fendu d’un minuscule chemin se perdant dans les détritus. "Robinson House Community" centre communautaire des albinos, un panneau imposant accroché au sommet d’une grille coiffée de pointes d’acier. De l’extérieur, la construction a l’air menaçante avec ses fenêtres, tous volets fermés, perchées de façon à décourager tout visiteur d’y jeter un œil. Après quelques coups sur la grille, une voix brisée s’élève de l’intérieur. La porte s’ouvre sur un sourire édentée, une cigarette soudée à la lèvre, une machette à la main. « entrez, entrez, les directeurs sont là. Moi, je ne suis que le gardien. » La cour intérieure est déserte. Un toboggan brûle au soleil, un tourniquet brisé semble avoir terminé son tour dans le sable depuis bien longtemps.

Le gardien me conduit dans un bureau où la lumière semble n’être jamais entrée. Deux albinos sont assis derrière un bureau : « Bienvenue au centre des albinos » me lancent-ils presque en cœur. On va ouvrir la fenêtre, vous y verrez plus clair. Le soleil s’engouffre dans la pièce, m’aveugle momentanément, me faisant cadeau de la vision particulière des Albinos.  "Dans les autres salles, elles sont situées beaucoup plus haut, afin de protéger les enfants du soleil. Ici nous avons préféré conserver à hauteur normale pour ne pas gêner nos visiteur!". Assis derrière un antique bureau, deux albinos d'une trentaine d'année réajustent leurs lunettes aux épaisses montures noires qui contrastent avec leur peau immaculée.« Venez, allons voir les enfants. »ecolier

"Le centre national des Albinos de Thiès, outre le fait d’être le premier et le seul centre de ce type dans toute l’Afrique de l’Ouest a ceci de particulier qu’il se propose d’accueillir les Albinos de toutes les régions du Sénégal, afin de les informer des futurs dangers auxquels ils vont être amener à faire face au cours de leur vie de tout les jours"....expliquent Elhaj et Khadim Diop respectivement directeur et trésorier du centre.

" Le centre accueille les albinos mais aussi les enfants noirs du quartier afin de leur donner une éducation de base en français. Cela a été notre première volonté d’intégrer les albinos à la population locale. Pour l’instant, nous ne recueillons que des albinos de la ville de Thiès, mais nous avons le projet de construire une infirmerie et un internat. Le centre a un rôle préventif, informatif et éducatif. Nous essayons dans la mesure du possible de donner des médicaments aux albinos les plus démunis".Khadim montre une armoire où trois bouteilles de protection solaire se disputent le vide avec un flacon de désinfectant.

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Moussa ne connaît pas son âge, il n’a pas de carte d’identité , ni d’extrait d’acte de naissance. Quand on lui pose cette question, il  répond : "Environ 18 ans. Concentré, son visage a quelques centimètres du manuel à cause de sa mauvaise vue, Moussa lit un texte à haute voix dans un français de parfait petit écolier. « Il n’a pas de lunettes pour se protéger du soleil et corriger sa vision, me dit Khadim, c’est très difficile à trouver au Sénégal". Il me montre les siennes qu’un de ses cousins lui à envoyer de France. Les verres ressemblent à du papier transparent de couleur bleue. Je les chausse en espérant voir le monde tel que le vivent les albinos mais je n’aperçois que des hommes tiraillés entre deux cultures, étrangers dans leur propre pays. 

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Tous les enfants sont assis derrière leurs pupitres caressés par une lumière qui tombe doucement du plafond. Ils chantent une comptine parlant de leur école: "mon école, tous les jours je vais à l'école, elle n'est pas grande, mais c'est la mienne!"

L'école mixte rêvée par El Haj et Khadim Diop est bien là: les albinos et les enfants noirs chantant la même chanson sou le même toit. Le center qui vu de l'extérieur donnait l'impression d'une enclave protégée se révèle contenir une société idéale fantasmée par deux frères résolu a fouler au pied les questions d'appartenance, de race et de couleur dans un pays qui pourtant ne peut s'empêcher de leur renvoyer une sorte de racisme inversé, mêlé de crainte et de respect mystique.

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Posté par aducoudray à 08:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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